Diagnostiquer les maladies mentales : rôle des psychologues

En France, seuls les psychiatres sont habilités à poser un diagnostic médical sur une maladie mentale et à prescrire des traitements. Pourtant, de nombreux patients consultent d’abord un psychologue, souvent dans l’attente d’une première évaluation ou d’un accompagnement. Cette répartition des rôles, régie par la loi, peut prêter à confusion et retarder l’accès à des soins adaptés.

Entre psychologues, psychiatres et autres intervenants, les différences de formation, de compétences légales et de missions créent un parcours de soins complexe. Comprendre ces distinctions permet d’orienter plus efficacement les démarches en santé mentale.

Comprendre les différents professionnels de la santé mentale

Dans l’univers de la santé mentale, la multiplicité des intervenants interpelle. Au fil des consultations, les patients croisent divers professionnels de santé mentale, chacun avec un bagage et une mission propre. Savoir à qui s’adresser ne relève pas du détail : c’est l’accès même au diagnostic, à l’accompagnement ou à un suivi sur mesure qui en dépend.

Voici les grandes familles de professionnels pour s’y retrouver :

  • Psychiatres : médecins spécialistes, seuls à pouvoir établir un diagnostic médical et délivrer une ordonnance. Ils ont suivi un parcours médical long, jusqu’à l’internat de psychiatrie.
  • Psychologues : après un master en psychologie, ils évaluent les troubles, accompagnent à l’aide d’entretiens, d’outils cliniques ou de tests, mais ne posent pas de diagnostic médical ni ne prescrivent de traitement.
  • Psychanalystes, psychothérapeutes, psychopraticiens : ces appellations recouvrent des réalités diverses, sans reconnaissance automatique par le système de santé. Leur formation et leur cadre légal varient selon les parcours.
  • Neuropsychologues : leur expertise porte sur les fonctions cognitives et les troubles d’origine neurologique ou neurodéveloppementale.

Le paysage ne s’arrête pas là. D’autres métiers, parfois moins connus, enrichissent l’accompagnement : art-thérapeutes, pair-aidants, médiateurs de santé pair, ou case managers épaulent les personnes en souffrance psychique. Ces professionnels s’inscrivent dans un réseau, en collaboration avec les assistants de service social ou les cadres de santé qui orchestrent les parcours de soins. La diversité des professionnels de santé mentale reflète la richesse et la complexité des situations rencontrées, et l’exigence de réponses adaptées à chaque cas.

Psychologue, psychiatre, psychothérapeute : quelles différences concrètes ?

Les intitulés se ressemblent, les missions s’entrecroisent, mais la réalité des métiers de la santé mentale reste bien distincte. Pour s’y retrouver, il faut regarder les parcours, les compétences et les droits attachés à chaque fonction.

Le psychiatre est avant tout médecin. Après 12 années d’études, il maîtrise la psychiatrie et le diagnostic médical. C’est à lui seul qu’incombe la responsabilité de poser un diagnostic psychiatrique et de prescrire des médicaments. On le retrouve souvent face aux situations complexes, quand l’état de santé nécessite un examen clinique approfondi ou une coordination de plusieurs intervenants.

De son côté, le psychologue, détenteur d’un master universitaire, n’est pas médecin. Son domaine, c’est l’évaluation psychologique, l’analyse des comportements, des émotions, et le suivi thérapeutique. Il s’appuie sur des entretiens et des outils validés scientifiquement, comme les tests psychométriques, pour comprendre les difficultés du patient. Mais il n’établit pas de diagnostic médical et ne prescrit aucun traitement médicamenteux.

Quant au psychothérapeute, il s’agit d’un titre réglementé, accessible à certains psychologues, psychiatres ou médecins généralistes ayant suivi une formation spécifique. La psychothérapie, reconnue dans l’accompagnement des troubles anxieux, dépressifs ou obsessionnels, s’appuie sur des méthodes variées : thérapies cognitivo-comportementales, psychanalyse, approche systémique, etc. La loi encadre ce titre pour garantir la qualité de l’accompagnement, mais les parcours restent hétérogènes.

En résumé, le choix de l’interlocuteur dépend de la situation : évaluation, besoin de diagnostic, prescription de médicaments ou accompagnement thérapeutique.

Comment se déroule le diagnostic d’une maladie mentale ?

Tout commence par un échange approfondi. Le psychologue accueille le patient, prend le temps de retracer son histoire, les antécédents familiaux, les événements marquants. Objectif : comprendre le contexte, repérer les symptômes évocateurs d’un trouble psychique, qu’il s’agisse d’un trouble anxieux, d’une dépression, ou de troubles plus complexes comme le trouble bipolaire ou le trouble obsessionnel compulsif.

La démarche s’inscrit dans le modèle bio-psycho-social : croiser les facteurs biologiques, les éléments psychologiques et les aspects sociaux pour cerner la situation. Le psychologue utilise une batterie d’outils validés, parmi lesquels des échelles d’humeur, des questionnaires de dépistage ou des bilans cognitifs, pour affiner son évaluation.

Les étapes clés du diagnostic

Le diagnostic s’articule autour de plusieurs étapes, essentielles pour aboutir à une compréhension fine de la situation :

  • Analyse clinique du vécu et des plaintes du patient
  • Collecte des données contextuelles, qu’elles soient familiales, sociales ou professionnelles
  • Passation de tests psychométriques ou neuropsychologiques si le besoin s’en fait sentir
  • Rédaction d’un compte-rendu, formulation d’hypothèses sur la nature du trouble

Le diagnostic santé mentale établi par le psychologue oriente la suite du parcours. Si des éléments laissent penser à une pathologie nécessitant un diagnostic médical ou la mise en place d’un traitement médicamenteux, l’orientation vers un psychiatre devient incontournable. Pour des troubles comme le trouble déficit de l’attention ou le stress post-traumatique, une collaboration avec d’autres spécialistes s’avère parfois nécessaire. La coordination entre professionnels reste le fil conducteur d’un accompagnement réussi.

Psychologue jeune observant une adolescente qui dessine dans une salle de conseil

Choisir le bon interlocuteur selon ses besoins et sa situation

Identifier le professionnel qui saura répondre à ses besoins relève souvent d’un parcours à étapes. Lorsqu’un trouble psychique s’installe, le premier réflexe consiste généralement à consulter un médecin généraliste. Ce dernier réalise une première évaluation, puis oriente si besoin vers un psychologue ou un psychiatre. Le choix dépendra du motif de la consultation : prescription de médicaments ou accompagnement psychologique, le psychiatre reste la référence pour les traitements médicamenteux.

Pour une écoute, un soutien ou une évaluation, le psychologue est souvent privilégié. Sa mission : évaluer les troubles, proposer un accompagnement adapté, parfois en lien avec d’autres intervenants. Selon les cas, la consultation psychologue peut se dérouler en cabinet libéral, en centre médico-psychologique (CMP) ou dans des structures associatives. Les CMP permettent la prise en charge par l’assurance maladie, ce qui favorise l’accès pour les personnes en situation de précarité.

En présence de troubles sévères qui bousculent la vie sociale ou professionnelle, s’appuyer sur la coordination avec le médecin traitant est souvent judicieux. L’équipe pluridisciplinaire du CMP, psychologues, psychiatres, assistants sociaux, infirmiers, accompagne le patient à chaque étape.

Le remboursement des consultations est une question concrète. Si les séances chez un psychologue en libéral restent, sauf cas particuliers, à la charge du patient, le recours à un CMP ou au dispositif « MonPsy » ouvre la porte à une meilleure prise en charge financière pour certains troubles. Dès le premier contact, n’hésitez pas à aborder le sujet avec le professionnel pour clarifier le parcours à venir.

La santé mentale ne se résume pas à des cases ou des titres. C’est la rencontre, l’écoute et la collaboration entre professionnels qui façonnent un accompagnement sur mesure. Le chemin vers le bon interlocuteur, c’est déjà une première avancée vers l’apaisement.

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